Attendre..

Je ne sais pas combien de temps durera cette existence, mais je souhaite graver en moi chaque instant tant qu’il reste de la vie… Je suis un voyageur traversant le désert, mais quelle est ma destination ? La vie est éphémère, et même avec des objectifs tracés, nous avançons avec prudence, guidés par une force divine… Le passé est révolu, peut-être qu’il n’est pas tout à fait mort, car il vit en nous avec la puissance et l’enchantement des souvenirs… Quant au présent, il est semblable à mon quotidien, tandis que l’avenir est entre les mains de Dieu…

La France… Ce temps révolu… Un temps de savoir, de travail, de joie et d’insouciance… J’ai passé plus de onze ans de l’autre côté, et je suis persuadé de comprendre la véritable signification des souvenirs, de l’espoir, de la douleur, de l’amour et de la souffrance. Depuis ma jeunesse, je nourrissais le désir de migrer, de quitter ma patrie, sans savoir que je reviendrais un jour.

Je m’appelle Abdelhak et je m’engage, mes chers amis, à énoncer la vérité sans exagération, bien que toute ressemblance avec des événements imaginés ne soit pas purement fortuite. Il est évident que le temps est court et lorsque je joue de la guitare des souvenirs, des images, des visages, des personnages et des vies entières affluent dans mon esprit, se croisant au carrefour du destin…

Je ne recherche pas la gloire en écrivant ces mots, ni la renommée littéraire, ni l’étiquette d’écrivain que les gens pourraient me coller… Même si je suis un homme de plume ou autre chose, un jour je mourrai, je serai enterré seul, sans plume, sans livre, sans rien de ces choses éphémères de ce monde.

Tout cela n’a guère d’importance, chers amis, mais je désire façonner le passé, le chérir dans la nostalgie, revivre ces moments imprégnés du parfum du départ et me réjouir de chaque journée, confiant l’organisation des affaires des êtres créés entre les mains du Créateur des serviteurs.

J’ai passé tout l’été à chercher un emploi, un travail qui me permettrait de subvenir à mes frais d’études dès le mois de septembre prochain. Sachez, mes chers amis, que j’ai déjà été accepté pour m’inscrire à un doctorat en sociologie dans l’une des universités françaises… Et j’ai tourné mon regard vers Dieu dans une prière sincère, émanant du plus profond de mon cœur… Ô mon Dieu, je t’en prie, viens à mon secours !

J’ai été accepté et mon esprit s’est envolé de joie, mon cœur s’est mis à danser avec frénésie, submergé par la félicité. Il est maintenant temps de mettre en place une stratégie pour mener à bien ma thèse de doctorat sans bourse d’études.

Je remercie Dieu secrètement et ouvertement, car je peux travailler et me consacrer à mon projet scientifique en même temps. J’ai donc décidé de chercher avec détermination un emploi à mi-temps…

J’ai envoyé des dizaines de CV, leur nombre total dépassant la centaine et cinquante… Et j’ai commencé à lire des ouvrages complets sur la motivation et le développement des compétences, cherchant à puiser dans les expériences des autres et les récits de réussite des plus grands, afin de nourrir mon espoir et trouver une énergie qui me pousse en avant.

Et j’ai attendu… Cette attente a-t-elle été longue ? Était-ce seulement ce que j’imaginais ? L’attente dans l’imagination tourmentée et indomptée diffère-t-elle de son équivalent dans la réalité objective et abstraite ?

L’important, c’est que j’ai attendu… Et mon attente a été longue…

Et j’en ai eu assez… J’étais tel une femme enceinte à son neuvième mois, attendant l’accouchement à tout moment… Cette métaphore peut sembler amusante, mais elle est bien réelle. N’est-ce pas que je m’appelle Abdelhak ?…

Il y avait de l’attente, de l’ennui, de l’oppression…

Et enfin, le soulagement est arrivé ! J’ai commencé à travailler fin juin dans les vignes. Un travail rude qui me brisait le dos, me forçant à me lever à quatre heures du matin. J’ai perdu dix kilogrammes, devenant un travailleur sous le soleil brûlant, rapide comme un renard, agile comme une abeille et fort comme un aigle…

C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Farid, avec qui j’ai développé une amitié au fil des années…

Un jeune homme de vingt ans, à la peau bronzée, à la silhouette élancée, aux muscles saillants, dont le visage reflétait la joie de vivre africaine, et dont les conversations regorgeaient de gaieté, d’espoir et d’enthousiasme débordant pour la vie.

Farid, tout comme moi, se posait de nombreuses questions sur la valeur de rester ici ou de retourner au pays. Mon rêve était de me plonger dans les abysses de la sociologie, tandis que Farid aspirait à une carrière d’ingénieur ambitieux dans le secteur minier…

Nous partagions de nombreuses idées sur la politique, la société, la religion et l’amour de la patrie. Il y a quelque temps déjà, j’ai appris que Farid était retourné dans sa région natale, dans sa ville natale, prenant ainsi la bonne décision… J’ai particulièrement appris qu’il était heureux et satisfait. Après tout, n’est-ce pas là le but de la vie ? Être heureux, satisfait et affranchi des autres…

Je te félicite, mon ami, et mon tour viendra, si Dieu le veut…

Et encore une fois, le soulagement est venu…

Et maintenant, pendant que j’écris ces mots, je me retrouve professeur d’université dans ma patrie.

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