La première étreinte

Parmi nous, qui n’a pas en mémoire cette première étreinte, ce baiser chaleureux sur le front, ces yeux emplis d’amour et d’espoir, accompagnés de prières pour la réussite, les bénédictions et la sécurité ? Qui pourrait oublier le lait généreux, le pain chaud, la soupe fumante, les nuits passées à veiller, le dévouement absolu, l’amour éternel et l’apogée du sacrifice ?

La mémoire se débat pour évoquer toutes les images, les mots se révèlent insuffisants pour décrire cette créature exceptionnelle. Les océans du monde sont de l’encre, leurs arbres des plumes, et te décrire relève de l’impossible. Tu es amour, fusion avec la beauté, union constante avec les valeurs de loyauté.

La mère…

Non… Je sais que je n’exagère pas, mes pensées sont claires, la lune brille dans le ciel, resplendissante, belle dans sa rotation, et une irrésistible envie d’écrire m’envahit… Car l’écriture est dépouillement, confession, libération, la plus grande et noble victoire sur soi-même.

Où suis-je ? Où vais-je ?

Lorsque j’ai atteint l’âge de dix-huit ans et obtenu mon diplôme du baccalauréat, j’ai fait mes bagages, dit adieu à mes amis et me suis préparé pour un séjour d’études aux États-Unis. J’étais rempli d’enthousiasme à l’idée de cette nouvelle vie qui m’attendait là-bas, et à l’aéroport, tu étais présente, les yeux remplis de larmes, ton visage comme une épée plongée dans l’ombre de la tristesse et de la réflexion.

Quant à moi, j’étais un adolescent insouciant, ignorant ton amour profond à mon égard. Je ne pensais qu’à mon bonheur personnel, à construire mon avenir académique et professionnel. Je ne m’en suis pas beaucoup reproché, car avec mes propres enfants, après avoir atteint cinquante ans, j’ai réalisé que la vie est constituée de différentes étapes : l’enfance, l’adolescence, la jeunesse, la maturité, la vieillesse et la fin. Comment un adolescent, tel que j’étais alors, aurait-il pu ressentir tes larmes au moment du départ à l’aéroport, alors que je m’envolais vers l’Amérique ?

Les années ont passé à la vitesse de l’éclair, et je suis revenu dans mon pays natal, armé de connaissances, d’expérience et de diplômes avancés. J’ai lutté, me suis battu pour obtenir un emploi respectable, et tes prières ainsi que tes bénédictions m’ont accompagné jour et nuit, matin et soir. Malgré les longues années passées dans un pays centré sur la matérialité et l’indépendance, je croyais au contentement de mes parents, particulièrement à la bénédiction maternelle.

Peu de temps après, j’ai atteint mon objectif et j’ai été nommé directeur d’une immense entreprise de télécommunications. Quelques mois seulement plus tard, j’ai complété la moitié de ma religion en épousant la plus belle des femmes, une proposition qui venait de toi, chère mère.

Les joies se sont succédées, les unes après les autres, et à chaque fois, je recevais de tes prières et de tes bénédictions un flot inépuisable, au point que je m’efforçais de te rendre visite plusieurs fois par semaine. J’ai placé sur mon bureau ce magnifique Coran doré que tu m’as offert à ton retour de la Terre Sainte, et j’ai insisté pour embrasser ta main en toutes occasions, malgré tes vives objections. J’ai appris à mes enfants à t’inonder de cadeaux, non seulement pour la fête des mères, mais aussi pour toutes les occasions.

Je ne peux pas continuer à écrire, car tu es plus merveilleuse et plus éblouissante que l’enchantement de tous les mots. Je resterai silencieux, revêtu du manteau du silence, car le silence d’un instant est plus expressif et révélateur que tous les discours.

Je resterai silencieux et ne penserai à aucune créature autre que toi, chère mère.

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